Entretien — Andreas Pichler : Nous traitons les enfants comme des partenaires à part entière

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Al-Ahram Hebdo : Comment est né votre spectacle Kling, Kleines Ding (pling, petite chose) récemment donné au Caire, dans le cadre du festival Hakawi ?
Andreas Pichler : La première de cette pièce s’est déroulée en 2011 à Berlin, où nous nous produisons régulièrement. Ensuite, nous l’avons donnée en Belgique, au Danemark, en Pologne, entre autres pays européens. Nous l’avons présentée également au Japon. Notre participation au festival constitue notre première visite en Egypte, en Afrique et au Moyen-Orient. Il ne s’agit pas d’un spectacle purement dynamique et divertissant : nous misons plus sur l’atmosphère calme et le rapport qu’on développe avec les spectateurs.

— Vous utilisez des pierres avec lesquelles vous composez des puzzles et des ombres chinoises, sur fond de musique. Comment justifiez-vous ces choix ?
— Nous avons voulu donner libre cours à notre imagination. Les pierres font partie d’un concept plus large, faisant appel à des valeurs abstraites et à la créativité. Après le spectacle, nous invitons les enfants à jouer eux aussi avec les pierres. Ils peuvent dessiner dessus ou produire de la musique avec, comme sur un xylophone. Les pierres sont juste un exemple des mille et une choses que l’on peut explorer avec les enfants à partir d’une matière donnée.

— Les réactions du public diffèrent-elles d’un pays à l’autre ?
— Non seulement les réactions varient selon le pays où l’on se produit, mais elles diffèrent aussi d’une performance à l’autre, à Berlin même. En fait, tout dépend de l’engagement, de l’interaction du public présent. Parfois, c’est le calme absolu, d’autres fois c’est l’enthousiasme total. Au Japon par exemple, les enfants étaient surexcités. Ils se sont mis à dessiner des idiomes sur les pierres, après le spectacle. En Egypte, les enfants sont restés très concentrés durant tout le spectacle et sont venus nous féliciter à la fin et faire de la musique avec les pierres.

— Le spectacle s’adresse aux enfants issus de milieux sociaux, culturels et linguistiques divers. Vous parvenez quand même à créer un lien avec eux, à attirer leur attention, même si la performance n’est pas très dynamique. Comment y arrivez-vous ?
— Nous traitons les enfants comme partenaires à part entière, on évite d’entretenir avec eux une relation hiérarchique ou de les regarder d’en haut. On communique par le regard, les yeux dans les yeux, on atteint un niveau de rapport assez proche.

— Ceci dit, ils ont le droit d’avoir un accès à l’art, tout comme les adultes, non ? Les artistes doivent-ils s’investir un peu plus pour leur présenter des spectacles et activités particuliers ?
— Sans doute est-il important qu’ils découvrent l’art à l’âge tendre et s’y engagent. C’est essentiel pour leur développement personnel. Cependant, l’argent fait souvent défaut. C’est l’obstacle principal entravant les productions pour enfants. Les gouvernements doivent comprendre l’importance de soutenir les oeuvres pour les jeunes, lesquelles ne sont pas moins intéressantes que celles des adultes. Les enfants méritent autant de respect que les grandes personnes. Ils doivent être pris au sérieux.

— Quels sont les défis d’un artiste présentant une oeuvre pour un public d’enfants ?
— C’est tout un art. Car les enfants ne sont pas dupes, ils sont très honnêtes. Ils ne vont jamais faire semblant d’être contents ou de rester attentifs. Tout simplement, s’ils jugent le spectacle peu intéressant, ils vont s’en aller ou joueront avec autre chose pour se divertir. L’artiste qui s’adresse à eux doit être méticuleux et professionnel. Il faut parfois même avoir un niveau supérieur à celui d’un artiste qui crée pour les adultes .

Focus
Festival Hakawi
La 6e édition du Festival Hakawi pour enfants s’est déroulée du 4 au 14 mars, au centre Hanaguer, dans l’enceinte de l’Opéra du Caire. Il est organisé tous les ans par l’association AFCA, fondée par Mohamad Al-Ghawi, laquelle oeuvre depuis près de 10 ans à éduquer les enfants par l’intermédiaire de l’art. Cette année, le festival a accueilli des troupes venant des Etats-Unis, d’Allemagne, de France, d’Australie, de Suisse, de Suède et d’Egypte.

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